Magie et historiens

Il existe vraiment une magie du vin !
Une magie unificatrice...

La semaine dernière, les sénateurs ont voté par 287 voix contre 33 (87,5%, pas d'abstention) pour l'introduction dans la loi de la clarification tant espérée de la loi Évin.
À l'heure où, dans notre pays, de graves fractures apparaissent parfois, existe-t-il beaucoup d'autres thèmes qui réunissent autant les français ?

Résultat de recherche d'images pour "vin"En l'occurrence, on ne peut pas contester que les sénateurs ont su traduire une opinion populaire aussi authentiquement partagée !
Pratiquement à l'identique puisque pour 87% des français le vin est symbole d'authenticité et de partage : http://www.vinetsociete.fr/les-francais-et-le-vin-barometre-ifop.

Et, lors du débat, les propos des sages du Palais du Luxembourg montraient qu'ils avaient en partage une authentique sincérité.
Sincérité peut-être beaucoup moins manifeste en ce qui concerne Mme la ministre de la Santé.

Pourquoi ce doute  ?
Photo de M. Roland Courteau, sénateur de l'Aude (Languedoc-Roussillon)Lorsque M. Courteau, infatigable défenseur du vin dit, en concluant son intervention de présentation de l'amendement «cet amendement est identique, à la virgule près, à celui qui avait été présenté par le Gouvernement lors de la discussion de la loi Macron», il a tout à fait raison.
La preuve, voici le texte soumis et les débats consécutifs : http://www.senat.fr/seances/s201509/s20150915/s20150915008.html.

Photo de M. Gérard César, sénateur de la Gironde (Aquitaine)Autre historique combattant, M. Gérard César précisera ensuite : «un amendement à ce même texte, présenté par le Gouvernement, a ensuite été adopté par l’Assemblée nationale en nouvelle lecture. C’est le dispositif de ce dernier amendement que nous proposons d’adopter aujourd’hui dans le cadre du projet de loi santé...».

Le même amendement, vraiment ?
Présenté par le Gouvernement, vraiment ?
Tout à fait. La preuve : http://www.assemblee-nationale.fr/14/amendements/2866/AN/1195.asp.

Photo de Mme Catherine Deroche, sénatrice de Maine-et-Loire (Pays de la Loire)D'ailleurs, Mme Catherine Deroche, corapporteur de la Commission des Affaires sociales a pris bien soin de préciser que cette disposition «fait bien référence au code de la santé publique puisqu’elle tend à rajouter, après l’article L. 3323-3 de ce code, un article L. 3323-3-1 rédigé conformément à la volonté du Gouvernement, exprimée lors de l’examen de la loi Macron».
Après avoir rappelé, s'agissant de ce même texte, que «en nouvelle lecture à l’Assemblée nationale, le Gouvernement a, à son tour, fait adopter un amendement légèrement différent, dont la rédaction lui semblait meilleure. Le Sénat a ensuite adopté cette disposition en nouvelle lecture, mais le Conseil constitutionnel l’a finalement censurée.»

Marisol Touraine, en 2007.Alors ?
Alors on reste un peu perplexe quand par la suite on assiste à cet échange, toujours à propos du même texte :
M. Gérard César. «C’est le Gouvernement qui l’a introduit !»
Mme Marisol Touraine, ministre. «Non ! Ce sont les parlementaires !»

Mme Touraine aurait-elle subi une défaillance de mémoire ?
Dans ce cas, nous ne pourrions que lui conseiller la lecture de cette récente étude démontrant l'intérêt en la matière du resvératrol (célèbre polyphénol contenu dans le vin) : http://www.sciencedaily.com/releases/2015/02/150204184230.htm.
De quoi ré-ensoleiller son alimentation quotidienne, n'est-ce pas ?

En tout état de cause, nous sommes amenés à poser une question à tous les historiens qui peuvent avoir connaissance des faits que nous venons d'évoquer : a-t-on déjà vu dans l'histoire un ou une ministre d'un gouvernement s'opposer au nom du gouvernement à un texte élaboré... par ce même gouvernement ?

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Resquille perfide (5)

Le vieux lion de l'Aude a rugi jusqu'au bout mais les alcooliers ont fini par gagner.

Roland Courteau ne lâche rien.
 Mercredi dernier, en commission des affaires économiques, le sénateur Roland Courteau (PS), historique œnorésistant parlementaire, avait réussi à rétablir dans sa pureté d'origine l'amendement au Projet de Loi d'Avenir pour l'Agriculture qu'il avait fait adopter en avril dernier : http://www.lindependant.fr/2014/07/16/vin-et-patrimoine-roland-courteau-retablit-son-amendement-initial,1908167.php.

Hélas, en séance plénière, 2 jours plus tard, la majorité de ses collègues présents ont donné satisfaction aux fournisseurs de la matière première nécessaire aux comas éthyliques du week-end ainsi qu'à ceux qu'ils ont manipulé :
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 Le Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale sera discuté à l'automne.
Alors, dans cette perspective et compte tenu de ce résultat, elles vont pouvoir reprendre, les manœuvres et manipulations visant à l'hyperfiscalisation du vin afin que gagne encore du terrain le système alimentaire "malbouffe quotidienne et binge-drinking hebdomadaire".
 Prolongeant ainsi une évolution qui s'amplifie depuis des décades, au fur et à mesure que régresse la culture du vin.
Un système alimentaire auquel participe largement une entreprise de restauration rapide à sodas-cola diabésitogènes intégrés.
 Une  entreprise appartenant (95%) à l’État par l'intermédiaire d'une filiale de la Caisse des Dépôts et Consignation.
Une caisse à la commission de surveillance de laquelle siègent... 3 députés et 2 sénateurs.
 Et dont le directeur général, de juillet 2012 à avril 2014 fut un homme qui siégeait au gouvernement lorsque cette acquisition eut lieu c'est à dire pendant le mandat de... M. Nicolas Sarkozy.
Depuis avril 2014, il occupe la fonction de secrétaire général de la présidence de la République.
 Une présidence dont le titulaire a changé entre temps, comme chacun sait !
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Les membres de la Chambre Haute ont-ils individuellement, à quelques semaines de leur renouvellement, eu peur de représailles ?
 On peut se poser la question à la lumière d'un exemple.
Raymond Couderc en février 2010
Le sénateur de l'Hérault Raymond Couderc (UMP) avait lui aussi déposé un amendement visant à inclure le vin -et seulement le vin- dans le Patrimoine Culturel et Gastronomique Protégé de la France ( voir notre article du 14/04/2014 ).
Eh bien les instances dirigeantes de son parti ne lui ont pas renouvelé leur investiture dans le cadre des futures élections sénatoriales, puisqu'il a été évincé au profit du maire de Sète : http://www.herault-tribune.com/articles/23019/-senatoriales-raymond-couderc-candidat-d-ici-candidat-si/ !
 Sète : une ville tout à fait à part dans ce département de l'Hérault à l'identité viticole fortement marquée...
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«Rien à voir, aucun rapport» nous fera-t-on observer.
 Aucun rapport ?
Peut-être...
 Ou peut-être pas...
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En tout état de cause, MM. Couderc et Courteau, au nom de notre culture bimillénaire : MERCI ! Et merci aussi à ceux qui se sont battus il y a 2 semaines à l'Assemblée contre le lobby éthylo-malbouffisant : CLICK.
Que tous soient assurés que nous ne nous découragerons pas : Ce serait les trahir.
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Resquille perfide (2)

Que va-t-iil se passer à l'Assemblée Nationale lorsque sera discuté l'article 10 bis A, c'est à dire la semaine prochaine (voir notre article du 30/06/21014 ) ?

LES SCÉNARIOS
 1° scénario (le pire) :
Rappelons pour commencer que, depuis des années, la baisse constante de consommation de vin s'accompagne concomitamment d'une hausse toute aussi constante de celle de spiritueux... et, par suite, du nombre de comas éthyliques.
 Rappelons aussi que la bière est la boisson alcoolisée la plus consommée chez les jeunes.
 Le risque est donc réel que, l'amendent proposé par la commission des finances comportant ces 2 produits, la majorité des députés, effrayée par ces données, rejette carrément l'article 10 bis A.
Résultats :
- au dernier moment, la France s'est montré incapable de reconnaître comme faisant partie de son Patrimoine Culturel et Gastronomique l'élément qui en est le plus emblématique aux yeux du monde entier,
- hilarité planétaire généralisée devant un pays qui se ridiculise une fois de plus sur ce sujet,
- auto-ridiculisation n'étant pas bonne pour les affaires, on enregistre un nouveau recul du vin français sur les marchés internationaux.
- il est nécessaire de compenser cette perte en augmentant l'endettement.
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2° scénario (le presque pire) :
L'article est adopté selon les propositions de la commission des affaires économiques.
Le vin est noyé dans la masse.
La voie reste ouverte à ce qu'une proposition visant à ce qu'il soit hyper-fiscalisé selon le principe dit "de la taxation au degré".
Vieille proposition de la Fédération Française des Spiritueux puisque son ancien président disait en 2010 que la FFS le demandait «depuis plusieurs années». Lire la dernière phrase de ce communiqué : Click.
La manœuvre a réussi : les alcooliers ont gagné.
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3° scénario (très satisfaisant) :
Rejoignant la sagesse du Sénat, les députés votent l'article 10 bis A tel que le 1° ministre le leur a transmis.
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4° scénario (notre préféré) :
Par esprit de concision, les députés reviennent à la formulation que nous proposons depuis des années :
«Le vin, produit de la vigne, fait partie du patrimoine culturel et gastronomique protégé de la France».
 Simple et de bon goût, non ?
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Pour les convaincre de choisir l'une de ces 2 dernières options, nous avons quelques arguments.
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Satisfaction légèrement agacée

En prenant connaissance de cet article, nos lecteurs seront en grande partie satisfaits, mais aussi quelquefois agacés :

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 En grande partie et même principalement satisfaits, bien sûr, d'apprendre que la commission des affaires sociales du Sénat ne propose pas de hausse des taxes sur le vin.
 Quoique prudents quant aux débats à venir : un amendement est si vite arrivé qui peut tout remettre en question !
On pourrait d'ailleurs presque croire qu'à certains moments la présentation du rapport constitue une sorte de préparation psychologique à cette éventualité.
 « Vin : sujet tabou», «lobby viticole», etc... Pour notre part, c'est surtout l'influence du lobby des alcooliers qui nous semble avoir été bien activée puisque c'est presque mot à mot que les arguments de la Fédération Française des Spiritueux sont employés.
 Quant au «tabou», s'il en est un qui devrait être mis en évidence, c'est celui qui concerne le taux de TVA appliqué au vin, exhorbitant par rapport à celui qui est généralement appliqué aux produits de l'agriculture.
Un sujet qui n'est jamais évoqué...
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 Mais nous devons aussi dire que nous avons carrément jubilé lorsque nous avons lu que, concernant la fiscalité sur le vin, «les marges de manœuvre sont limitées».

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 Car c'est justement à contrecarrer les manœuvres œnophobes que, en conformité avec notre vocation, nous consacrons un temps certain depuis plus de 5 ans déjà : un bon quinquennat !
 Et cela passe, c'est évident, par ce qu'on peut effectivement appeler une "limitation des marges".
 Nous ne parlons pas là des parlementaires, mais de ceux qui s'efforcent de souffler à leur oreille par des intermédiations construites au terme de rapprochements inattendus : lire notre article "Réseaux Got".
Pour accomplir cette tâche, notre méthode ne relève pas du secret :
 1) dès qu'une forte campagne médiatique contre le vin se met en place, nous comprenons que des propositions d'évolution fiscale et de restriction au droit de communiquer sont prêtes et vont suivre et nous guettons leur apparition,
 2) sitôt que ces propositions sont formulées, nous le communiquons au grand public,
 3) dans le même temps nous relisons soigneusement les "études" qui servent de caution scientifique à ladite manœuvre et nous montrons à quel point leur pertinence est sujette à caution.
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 Ainsi en fut-il récemment de celle de Mmes Hill & C°, laquelle, entre autres choses, affirmait que la consommation d'alcool était responsable de 49000 décès annuels en France... mais sauvait des vies en Grande-Bretagne.
 La Grande Bretagne : pays par excellence du binge drinking.
 Le binge drinking essentiellement à base de spiritueux (vodka, tequila, etc...)
 Mme Hill qui, devant la commission des affaires sociales du Sénat, a réclamé une augmentation de la fiscalité appliquée au vin.
 Très probablement souhaite-t-elle la taxation au degré d'alcool, à l'instar des fournisseurs de binge drinking et d'une certaine association à laquelle elle appartenait avant de co-signer ladite étude. ( Confer notre article "Réseau Got" cité plus haut).
 Le chiffre de 49000 encore repris par les auteurs du rapport malgré son absurdité (consulter notre fiche "Principe de Hill").
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 Au grand dam des manœuvriers, les boucles finissent par être bouclées !
À cela,  nous nous employons depuis l'odieuse agression du 17/02/2009.
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 Un exemple ?  Relire notre fiche "Rien que des faits".
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Méthodologie

Disséquons le principe méthodologique qui conduit à multiplier par un certain coefficient le nombre constaté de décès causés par la consommation d'alcool, cela pour en déduire la fraction attribuable à l'alcool du total des décès.

 Il est le suivant :
«1- la consommation d'alcool pur est évaluée à un certain nombre de litres par habitant et par an,
  2- cette évaluation a été faite sur bases déclarative [A],
  3- cette bases déclarative induit en erreur car les consommateurs d'alcool ont tendance a lourdement sous-évaluer leur niveau de consommation,
  4- il convient donc de prendre une autre base [B] : celle de l'alcool mis a disposition dans l'espace considéré, c'est à dire en gros du volume d'alcool commercialisé ramené aux individus
  5- en divisant [B] par [A] on obtient un coefficient [C] par lequel il faut multiplier le nombre de décès constatés pour obtenir le nombre de décès réels, lequel, divisé par le nombre de décès total, va nous donner en pourcentage la part attribuable à l'alcool».
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 Nous ne nous attacherons pas, pour l'heure, à commenter cet étrange principe de "multiplication des morts" pour cause de sous-évaluation volumique du facteur favorisant..
 Passons également, même si elles nous semblent évidentes, sur les manipulations d'assiette et de coefficient ... du moins dans l'immédiat.
Concernant cette "méthode d'ajustement" et l'incroyable particularité des résultats qu'elle donne pour la France, inscrivons nous dans l'hypothèse de la pertinence.
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 Mais affirmons aussi que du coup certaines questions se posent.
 Et d'abord la plus fondamentale : pourquoi la même méthode de calcul appliquée ici à un produit nocif en cas d'abus n'est-elle pas appliquée aux produits nocifs en cas d'usage ?
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Par exemple le sucre ajouté.
On peut constater au travers des micro-trottoirs visibles dans la 1° minute de ce documentaire (à partir de la 3° seconde), que, beaucoup plus que leur consommation d'alcool, les consommateurs sous-évaluent leur consommation de ce produit particulièrement nocif et addictif.
  En poids, 4,5 fois plus de sucre que d'alcool !
34 kg par français et par an : pas loin de 100 grammes par jour !
L'équivalent en tout cas de 19 "morceaux" standard !
 Ce qui correspond environ à 5 "demis" de bière par jour si ce sucre était mis en fermentation...
Plus encore pour les moins de 15 ans !
 Et ce n'est qu'un début puisqu'elles ne baissent pas d'intensité, les incitations à «ouvrir du bonheur»...
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 Il faudrait donc affecter le nombre de décès par diabète sucré d'un coefficient d'ajustement bien plus élevé que celui appliqué à l'alcool pour réévaluer la fraction de décès attribuables à ce produit.
 Sans oublier les problématiques liées à l'obésité, aux maladies cardio-vasculaires, etc...
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 On arriverait à un taux très probablement supérieur à celui du tabac.
En intégrant de même les risques générés par l’excès de sel ou de matières grasses et de l'usage de certains conservateurs, cela conforterait les propos du Dr Chevallier : «chaque année, la malbouffe provoque trois fois plus de morts que le tabac».
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Et en matière d'évolution fiscale, cela amènerait à en tirer prioritairement le même conclusion que lui : «taxons la malbouffe» !
 Cette cohérence devrait s'applique à tous, y compris à Mme Hill.
Ne disait-elle pas, en tant qu'épidémiologiste spécialisée dans la plus redoutable des maladies : «En terme de prévention des cancers, il convient essentiellement d'éviter l'obésité et le surpoids» ?
 Voir sa dernière intervention :
 Et puis, nous le répétons sans cesse, les dangers qui objectivement menacent les enfants de manière croissante ne devrait-il pas être traités en absolue priorité ?
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