Parlement, Loi de Finances : boissons sucrées (2° partie)

Reprenons à présent cette phrase prononcée par Mme Bricq lors du débat qui avait eu lieu au Sénat concernant l'article 5 octies du projet de loi de finances 2012 (voir 1°partie) : « Je note cependant que le programme national nutrition santé 2011-2015, docu

ment commandant la politique de santé publique du pays, n’avance à aucun moment l’argument de la fiscalité »
Cette remarque est tout à fait pertinente mais elle devrait, à notre avis, conduire plutôt à s'interroger quant à l'attitude tout à fait étonnante du PNNS et de son président, Mr Serge Hercberg en tout ce qui concerne les boissons sucrées.
Examinons la.

Rappelons tout d'abord ce fait notoire et singulier que notre association avait mis en évidence dès le mois de Mai 2009.
Cette année là était présentée à la presse grand public la brochure PNNS NUTRITION & PREVENTION DES CANCERS, des connaissances scientifiques aux recommandations : http://www.mangerbouger.fr/pro/IMG/pdf/SyntheseCancerInca.pdf.
Celle-ci produisait comme référence de tout premier ordre le rapport 2007 du Fonds Mondial de Recherche contre le Cancer :
http://www.fmrc.fr/PDFs/french_summary_5Nov07.pdf
Il est aisé de constater que parmi les comportements préconisés par ce rapport il est recommandé d'éviter les boissons sucrées (page 11).
Et ceci dans le cadre des risques de surpoids et d'obésité favorisant grandement la redoutable maladie.
Or dans la brochure PNNS ceci ne figure nulle part !

Mais voyons plutôt ce que disent les successifs PNNS concernant la consommation de boissons sucrées.

PNNS 1 : http://www.sante.gouv.fr/IMG/pdf/1n1.pdf
Il y est bien parlé (page 7 : objectif nutritionnel prioritaire n°4) d'une réduction de 25% de la consommation de sucres simples mais pas un mot sur les boissons sucrées.
Le vin, lui, est cité dans l'objectif 5 avec mention d'une dose maximum.
En 2008 Mme Valérie Boyer à la tête d'une mission parlementaire sur l'obésité dira que les objectifs n'ont pas été atteints : http://www.santenpdc.org/?p=1764.
Aujourd'hui Mme Boyer ne s'occupe plus d'obésité.

PNNS 2 : http://www.sante.gouv.fr/IMG/pdf/PNNS_2006-2010.pdf
C'est un peu mieux. En page 18 (Rappel des 9 repères de consommation) il est indiqué dans la rubrique produits sucrés "Attention aux boissons sucrées" et dans la rubrique boissons "Limiter les boissons sucrées". Mais aucun repère chiffré n'est mentionné.

PNNS 3 : http://www.sante.gouv.fr/IMG/pdf/PNNS_2011-2015.pdf.
On progresse encore mais ce n'est pas très clair : pages 57 et 58, en annexe, les repères de consommation concernant l'alcool sont réaffirmés mais ne sont toujours pas indiqués pour les boissons sucrées mais si on consulte la 3° colonne (Indicateurs), on peut concevoir la conclusion selon laquelle une consommation supérieure à 250ml/jour serait inquiétante.
Nous n'en sommes pas encore à la suppression pure et simple recommandée par le Fonds Mondial contre le Cancer... mais, très lentement, on s'en approche.
L'espoir existe qu'un jour, dans le PNNS le principe sera admis selon lequel les français ont droit aux mêmes mises en gardes que les autres êtres humains !

Mais pour en arriver aux conclusions, deux semblent s'imposer en s'appuyant sur le fait que, selon la considération implicite du PNNS 3, la quantité limite de consommation à ne pas dépasser est la même que celle qui est indiquée pour le vin si on prend la moyenne hommes/femmes, soit 25cl, c'est à dire 2,5 verres par jour.
1°) il serait logique que le régime fiscal soit alors le même, ceci pour répondre à Mme Bricq.
2°) il serait également logique que l'accès aux médias, notamment à la télévision, soit restreint à l'identique, sans quoi les consommateurs et leurs enfants continueront à être
soumis à un constant matraquage publicitaire pour des produits nocifs en cas d'abus.
Et n'oublions pas la dimension politique indirecte de cette possibilité de financement légal des faiseurs d'opinion : on a vu comment le principe de taxation des sodas a, à de multiple reprises, été ridiculisé par certains humoristes "désintéressés"...

Mais la logique voudrait aussi que, par la suite, lorsque la science aura prouvé que l'homo francibus ne dispose d'un gène particulier qui le rendrait plus résistant aux dangers que représente certaines consommations, un différentiel se crée et cela au détriment des boissons sucrées.

Pour l'heure, contentons nous de constater qu'en trente ans le nombre de décès pour cause de décès par diabète sucré a augmenté de 57% et que, s'il représentait en début de période sensiblement le double de ceux générés par l'abus d'alcool, il en représente à peu près le quadruple aujourd'hui, c'est à dire 3 décennies plus tard et cela selon les chiffres officiels du CépiDc :
http://www.cepidc.vesinet.inserm.fr/inserm/html/index2.htm

Trente ans c'est bien. Cela permet de constater les évolutions et d'en tirer des conclusions. Mais il eût été encore plus intéressant de disposer de données remontant au double de cette période et de remonter ainsi aux débuts de la "cocacolonisation" : http://cths.fr/co/communication.php?id=3559.

(À suivre)

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