Figaro

  Nous allons donc aujourd'hui parler de l'article du Figaro paru la semaine dernière sous la signature de Mr Damien Mascret, un article potentiellement lourd de conséquences (particulièrement en terme d'"effet-cliquet") non seulement en lui même, mais également par la manière dont il a été répercuté et cela notamment dans certains médias audio-visuels.
  Il n'est que de voir, de la 30° à la 60° seconde, dans cette vidéo relatant la revue de presse du Lundi 24/09 présentée par Mme Amandine Bégot, comment cette dernière parle d'une «étude qui fait froid dans le dos : 1 français sur 7 est menacé par l'alcoolisme»... «une consommation modérée mais régulière peut aussi présenter un risque», etc...
 On voit bien où nous amène le raisonnement : à la préconisation subliminale et récurrente instillée , avec un incomparable professionnalisme,  par le Junk-Food and Binge-Drinking Lobbystic System.
C'est à dire : «pour le quotidien hebdomadaire, préférez les sodas-colas pour accompagner vos repas et, si vous n'êtes pas des saints, compensez votre frustration le week-end par une bonne biture, si possible à base d'alcools forts importés (whiskies, vodkas, tequilas,...)».

Ceux qui s'adonneront à ce régime échapperont au sort funeste de Jeanne Calment, malheureusement emportée dans sa 123° année pour ne pas voir su renoncer à son verre de porto quotidien : http://www.e-sante.fr/que-manger-pour-bien-vieillir/3/actualite/362.

 Venons-en à l'article lui-même : http://sante.lefigaro.fr/actualite/2012/09/25/19149-alcool-savoir-se-situer-par-rapport-dependance.

  A la forme d'abord et en commençant par la version "papier" que nous avons préféré ne pas reproduire pour ne pas nous exposer à des problèmes juridiques éventuels, mais nous savons que nos lecteurs nous font confiance...
  A "la une", en haut à droite, occupant la moitié de l'espace situé au dessus du titre, un pavé indiquant «Un français sur 7 menacé de sombrer dans l'alcoolisme», illustré par une photo représentant probablement 2 verres de vin et renvoyant à la page Figaro Santé.
  L'article à l'intérieur est semblable à celui auquel on peut accéder par le lien ci-dessus indiqué mais il faut souligner que le titre est différent (Alcoolisme : un Français sur sept sur le fil du rasoir), mais surtout que le sous-titre est beaucoup plus représentatif de la "vérité" qu'il s'agit d'asséner : «Les consommations modérées mais régulières peuvent aussi présenter un risque» !
  La photo illustrant l'article est, comme chacun peut le constater, sans ambiguïté consacrée au vin... mais pas à une personne qui boit seule, ce qui aurait été plus adapté au contenu.
  Et l'exemple choisi, celui de Mélanie, est en pleine concordance avec cette illustration quant au produit ainsi prioritairement stigmatisé. (1)

 En ce qui concerne le fond, il n'est pas très aisé d'en faire la synthèse puisque de nombreuses déclarations relativement hétérogènes sont juxtaposées, mais on retiendra comme idée force celle du Dr Batel, un de nos vieux ennemis, un partisan acharné de l'abstinence, même quand il reconnaît comme pertinente une étude qui contredit cette position radicale : voir ceci dans le journal 20mn et, pour les amateurs,  l'étude dont il est question, publiée en 2010 dans le Journal of Epidemiology & Community Health.
 Et en l'occurrence, que nous dit-il, le Dr Batel ?
Ceci : «Il faut arrêter de séparer le monde entre les alcooliques d'un côté et ceux qui ne le sont pas de l'autre.» !
 Autrement dit, tout le monde est potentiellement alcoolique !
Cela correspond au propos du Dr Albert Herszkowicz, de la Direction générale de la santé, un peu plus bas : «Les dépendants ne représentent qu'un tout petit sommet de la pyramide de l'alcoolisme.» (2)
  Transposons le raisonnement à l'automobile : tout le monde est susceptible de commettre un excès de vitesse, donc il faut recommander à chacun de ne pas démarrer le moteur ! (3)
 Pendant ce temps on omet d'expliquer au gens qu'il ne faut, même pas à petite vitesse, emprunter cette voie en sens interdit que sont les boissons sucrées selon les recommandations du Fonds Mondial de Recherche contre le Cancer, et surtout avec des enfants à bord ! (4)
 Mr Batel nous répondra : «je suis alcoologue, ce n'est pas mon rôle».
C'est le rôle de qui alors en France ?
Apparemment seulement de notre association et surtout pas de celles qui fonctionnent sur fonds publics (DGS, INPES, PNNS, INCa, INRA-NACRe, etc....). Certaines ont-elles des liens avec le CREDOC ?

 Avant d'en finir avec l'article du Figaro, il est important de relever que son auteur évoque dans le second paragraphe une enquête dont nous n'avons pas réussi à trouver trace. C'est cette enquête qui permettrait, au travers du chiffre de 14%, d'établir la proportion d'«un français sur sept». (5)
 Aussi avons nous, en fin de semaine dernière, adressé à cet auteur un courriel dont voici le texte :

Cher monsieur Mascret,

ayant bien lu votre article paru le 25 Septembre dernier dans le Figaro, nous avons regretté de ne pas trouver de références concernant l'enquête que vous citez, qui aurait été «réalisée il y a une dizaine d'années déjà» et selon laquelle «14 % des Français... est à risque d'alcoolisation excessive».
Nous vous serions donc reconnaissants de bien vouloir nous les transmettre, d'autant plus que malgré tous nos efforts et ceux de nos nombreux correspondants, nous n'avons pas réussi à l'identifier.

Bien à vous...

 Nous avons obtenu une réponse Lundi matin et nous en remercions Mr Mascret.

La voici :

Bonjour,
Article adsp N°40 (sept 2002) de Gérard Badeyan et col. à partir de Etudes et résultats N°192 de septembre 2002.  
Bien à vous,

Dr Damien Mascret

  Et voici un lien qui mène à l'article indiqué dans cette réponse:                       http://www.hcsp.fr/docspdf/adsp/adsp-40/ad401116.pdf.

.

 

 Nous avons lu et relu cet article. Nombre de bénévoles qualifiés de notre association s'y "sont collés"... et nulle part nous n'avons trouvé ce chiffre de 14% qui donne «un français sur sept».


  Qui plus est, nombre de ses investigateurs désintéressés nous ont fait part du fait qu'une étude portant sur une population spécifique ne pouvait que très difficilement être extrapolée à l'ensemble de la population.

 

 Ainsi, ce professeur honoraire de médecine vasculaire en faculté de médecine souligne bien que l'étude porte sur des «personnes hospitalisées ou consultant un médecin généraliste, c'est à dire en situation pathologique ou ressentie comme telle.»

Et il ajoute : «On ne sait rien de la population générale et on ne peut pas exciper de la proportion de personnes qui consultent par rapport à la population générale pour en tirer ( par les cheveux) un pourcentage imaginaire.»


 Cet autre correspondant-expert nous dit :

«Moi non plus, je n'ai pas trouvé les 14 %. Nulle part d'ailleurs l'article n'aborde la question du pourcentage "des Français .... à risque d'alcoolisation excessive".

La population étudiée est uniquement celle des "personnes ayant recours au système de soins, patients hospitalisés et consultants de praticiens libéraux"   
L'auteur prend soin de préciser page 4 que "il y a donc lieu de ne pas confondre la prévalence constatée des problèmes d’alcool parmi les patients présents un jour donné et la prévalence parmi les usagers de l’hôpital ou de la médecine de ville en général. 
De même,on ne peut pas en déduire une estimation de la prévalence des situations d’alcoolisation excessive dans la population générale, dans la mesure où l’enquête ne permet pas de savoir en quoi les problèmes d’alcool repérés ont induit un usage différencié du système de soins."»

Etc... Etc...

 

 On voit donc bien ce qui, devant des millions de Français, a fait «froid dans le dos» à Mme Amandine Bégot (6) : une onde glaciale provenant... d'une source plus que sensiblement périphérique à la problématique concernée !

 

 Et c'est comme ça depuis 6 décennies : depuis les débuts de la cocacolonisation !

 Bien que depuis 2009 (7) notre association s'attache à examiner d'un peu plus près les documents cités en référence des allégations assénées, nous devons avoir la modestie de reconnaître que nous n'avons pas réussi à décourager les praticiens d'un tel type de processus, la meilleure preuve c'est que les taux d'obésité et de diabète sucré continuent à s'accroître.

 

 Mais «il n'est pas nécessaire de réussir pour persévérer» et nous ne découragerons pas !

 Il en va de la santé des générations futures.

 

1- Cela dit, en toute responsabilité, nous conseillons à Mélanie de bien intégrer le fait qu'elle ne doit pas (sauf circonstance exceptionnelle), compte tenu du sexe auquel elle appartient, excéder les 2 verres qu'elle s’octroie quotidiennement, sous peine de voir les inconvénients l'emporter sur les avantages et aussi de s'imposer un jour d'abstinence par semaine afin que l'habitude ne devienne pas "une seconde nature" et ne se substitue pas à la culture du plaisir.
Pour plus de précision : http://www.vinetsociete.fr/prevention/l-avis-de-l-oms.
Dernier conseil "spécial Honneur du Vin" : selon l'avis du WCRF, préférer déguster au cours des repas en tentant le meilleur accord possible entre liquide et solide.
Sauf dans certains cas (repas de crêpes, par exemple), le vin est la boisson la plus appropriée, ce qui devrait évidemment convenir à Mélanie.

2- Nous ne savons si Mr Herszkowicz fait partie, au sein de la DGS de la "génération Houssin" mais ce type de propos nous le suggère.
Rappelons que Mr Houssin, dit le DILGA, fut Directeur Général de la Santé de 2005 à 2011.
Nous le considérons comme l'un des oenophobes les plus résolus que nous ayons eu à affronter : il fait partie de ceux par lesquels notre existence et notre vocation ont été motivées.
Nous lui avons consacré quelques articles et avons eu à évoquer son nom dans nombre d'autres.
En voici notamment trois, in memoriam : 1, 2, et 3.

3- Si on suit le raisonnement jusqu'au bout, il ne faut pas non plus inciter qui que ce soit à "démarrer le moteur".
Et, par exemple, ne pas publier un magazine tel que celui-ci : http://avis-vin.lefigaro.fr/magazine-vin.

4- L'honnêteté oblige à dire que le Figaro, la veille de la parution de l'article dont il est ici question, en avait publié un autre consacré aux boissons sucrées : http://sante.lefigaro.fr/actualite/2012/09/24/19139-obesite-sodas-brouillent-sensation-faim. Mais ce dernier n'a fait, à notre connaissance, l'objet d'aucun écho à la télévision : il ne faut pas froisser les annonceurs potentiels...
C'est l'occasion de souligner, puisque, au même tire que les sodas, les jus de fruits y sont mis en cause, que le rapport du World Cancer Research Fund 2007, dans sa 3° recommandation (voir tableau 3, page 19), leur accorde un statut particulier (probablement grâce à l'"effet fruit" cher au Dr Dominique Lanzmann) puisqu'il les déclare non pas "à éviter" -comme les autres boissons sucrées- mais "à limiter" comme les boissons alcoolisées.
Alors pourquoi les jus de fruits fermentés (vin, cidre, poiré,...) ne bénéficieraient ils pas eux aussi d'un statut spécial au sein des boissons alcoolisées : la fermentation ne dissous pas l'effet-fruit, elle ne fait qu"alléger en dioxyde de carbone le liquide concerné. Les modifications accessoires, telles que celle qui concerne les équilibres acides, n'ont elles non plus aucune conséquence à ce niveau.
Au contraire, la fermentation permet une bien meilleure extraction des polyphénols lesquels ensuite, grâce à l'éthanol, seront inclus dans un système
«solvant», ce qui augmentera leur biodisponibilité et par conséquent améliorera les conditions de leur mise à profit par l'organisme.
 
5-
Est-ce un hasard ? Un français sur sept,14%, cela correspond à peu près à la proportion que les buveurs réguliers représentent dans la population selon  ce dossier constitué sous la direction du Pr Mickaël Naassila, un des spécialistes consultés dans le cadre de l'article du Figaro.
Dans ce dossier on apprend aussi que cette proportion des personnes en difficulté avec l'alcool, 10%, reste stable alors que nous savons grâce à ce rapport que le nombre de consommateurs réguliers a été divisé par 3 en 30 ans (dans le même temps la prévalence de l'obésité présentait une croissance quasi-exponentielle).
Peut-être est-il temps de remettre en cause la vieille théorie de Ledermann qui recommandait dans les années 1950 (au tout début de la cocacolonisation) de s'attaquer prioritairement aux pratiquants de la consommation modérée et d'en faire des abstinents afin de lutter contre l'alcoolisme (voir notre suite d'article à ce sujet : 1, 2, 3 et 4).

Il y aura bientôt un demi-siècle que, précocement (52 ans) Sully Ledermann a quitté ce bas-monde pollué de démoniaques vapeurs éthylisées et, à présent là-haut, nage en pleine félicité dans d'extatiques lacs emplis de divines limonades brunes éternellement gazéifiées.

N'est-il pas temps à présent de rouvrir le débat ?

6- encore une fois, l'exemple de la revue de presse présentée par cette dame sur "I Télé" n'est qu'un exemple : il eut ce jour là bien d'autres revues de presse...

7- depuis que nous avons fait traduire par interprète assermenté les passages concernés du World Cancer Research Fund 2007 cité en référence principale de la brochure PNNS "Nutrition & Prévention des Cancers", laquelle contenait nombre d'affirmations pour le moins très... "décalées" par rapport au dit document.

Affirmations pompeusement reprises par d'éminents œnophobes lors d'une conférence de presse grand public de sinistre mémoire.

.

Une réflexion au sujet de « Figaro »

  1. J’aime les remarques et références : mais il fallait aller jusqu’au bout et souligner en gras cette phrase du résumé :

    Boys and girls born to light drinkers had higher mean cognitive test scores compared with those born to mothers in the not-in-pregnancy group

    Allez mesdames encore un petit coup pour rendre vos rejetons plus intelligents !!! De fait la phrase est très ambiguë car comment avoir un petit sans être enceinte ? mais j’ai du manquer une étape.
    Amicalement

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